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  Extrait de "Cancer"                              Mars 2018                     

 

                             Plus tard les Moires !

En voyant le pont, un matin                 c'est une toute autre histoire

Au lieu de deux, nous voilà cinq         ce n'est pas l'hiver

C'est même le début du printemps. Au début je pensais seulement Lui et moi,       mais non.

Même si j'ai encore du temps pour mieux choisir mes mots, je tiens à vous dire que cela a été une drôle de cohabitation avec l'Orfèvre.

Disons une cohabitation non désirée, au départ. Après tu écoutes Marie Keyrouz mais c'est toujours trop tard.

C'est surtout que jusqu'à présent les trois autres acteurs de cette tragi-comédie étaient cachées sous une brume incessante en un lieu topographique non précisé dans le manuel.Tu voudrais chasser d'un revers de la main cette représentation théâtrale mais les Moires.

Elles sont là, réunies, au milieu du pont. Personne ne t'en a causé avant .

Tu découvres leurs visages orphiques au dernier souffle.

Dès fois, tu n'es même pas mûr  et déjà,   clac...                  les ronces.

Tu as comme tout un chacun, feint de ne pas savoir, mais voilà Clotho la pourvoyeuse. si, c'était elle à la sortie du lycée qui te passait le fil. Ce fil tu l'as tricoté toute une vie avec Lachevis. Prétentieux, tu pensais qu'il se déroulerait sans fin et en ce matin d'une fraîcheur inhabituelle pour un mois de printemps tu découvres la grâce d'Atropos qui seule s'avance  d'un pas sûr, sans nullement froisser sa toge, avec ses fines mains en pierre de lune et ses grands ciseaux de bronze.

Mais toi, avec tout ton courage, tu te retournes et tu cries esseulé, comme un enfant de trois ans, tu cries très fort:

                                                                " Plus tard les Moires ! "

                                                                               Le  carthaginois                                                 Février 2018

C'était bien une blessure. Il la regarde puis il nous regarde. Il semble indisposé. Pourtant ce sont les mains délicates de la donna qui chaque jour le soigne.

A chaque ablution il se découvre un léger vertige. Il lève les yeux vers elle juste au moment où la pression de ses doigts pourtant hospitaliers le touche.

C'était bien une blessure . elle est toujours ouverte. Maintenant il sait qu'elle ne se refermera pas. Son ventre bleu est énorme.Il ne lui laisse plus combler les jours .

Quant aux nuits des nuits elles sont presque toujours palimpsestes emplies d'un noir rageur de gravure.

Il n'atteint plus aucun désir.

Les rendez-vous avec les hautes sphères ont été décommandés les uns après les autres. Il n'atteint plus son temple.

Son agenda à terre est jonché de hachures. Il marque dessus  d'une écriture plus qu'incertaine :"Dans cette nuit  encore charbonneuse, aucune illumination au Tophet de Salammbô.

C'était bien  une blessure. Elle est toujours ouverte. Par conséquent il peut se considérer bien vivant. Même s'il demeure  ad vitam éternam prostré dans un fauteuil pourri au fond de la caverne.

Chaque aube sélénite offre à ce dévot depuis l'entrée un semblant de lumière maladive, un cycle ininterrompu d'heures mauvaises gorgées d'humeurs à la jambe coupée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ethnogenèse                                                     Janvier 2018

Je suis blanc quand tu m'utilises

et je disparais quand tu m'oublies

                                                      Énigme berbère

Ce fut une saison terrible pour nous. la sécheresse avait été absolue. Seul le halètement convulsif de l'enfant proposait encore un rythme

aux cycles subintrants des jours et des nuits.

De son rêve délirant et déconstruit aux pierreuses pensées, aux pensées arides, se succédaient des épisodes épiques:

Des garamantes décharnés hurlaient, férocement montés sur des chariots de feu. Ils pourchassaient de riches mendiants éthiopiens troglodyles aux yeux d'escarboules fondues.

Ce souffle brûlant, endogène et fiévreux soulevait des nuées de grains de sable qui se fichaient dans leurs barbes et aux recoins de leurs yeux.

Pourtant, dans un déchainement rageur, ils voulaient atteindre, tous ensemble, épuisés, ce qu'ils deviendraient bien plus tard,

 

une partie du chemin.